A ciel ouvert

16 Déc, 2013 par

A ciel ouvert

Voir le monde par les yeux des autres

Par Mariana Otero

…« Et puis un jour, je suis arrivée au Courtil, une institution qui reçoit en internat ou semi-internat des enfants socialement et psychiquement en difficulté.

Je me souviens de ma première réunion avec l’équipe coordinatrice, qui rassemble la dizaine de responsables thérapeutiques des différents groupes de vie de l’institution.

Pourquoi n’utilisaient-ils pas les mots d’handicapés mentaux comme dans d’autres lieux que j’avais visités ? Cette question fût la première que je leur posai.

Ils m’ont répondu qu’ils ne considéraient pas ces enfants comme déficients, mais comme des individus qui avaient une autre structure que la nôtre. Ils ne les voyaient pas du côté du manque, du « moins », mais du côté de la singularité. Ils ont utilisé une métaphore très parlante pour décrire ces enfants : ils m’ont expliqué que chacun des enfants qui étaient là, avait une langue privée à la différence de nous qui avions une langue commune. Ils ont précisé que certes il s’agissait d’une simplification, mais que cela permettait d’indiquer le chemin qu’il nous fallait faire pour aller jusqu’à eux. Puis ils m’ont parlé de leur travail qui consistait avant tout à découvrir, à essayer de comprendre l’énigme que représentait chaque enfant. Au cas par cas, sans a priori.

© Romain Baudean

© Romain Baudean

J’ai trouvé là des gens qui, sans être cinéastes, font le même métier que moi : ils essaient de voir le monde par les yeux des autres, et avec ces enfants, ces autres- là, j’ai bien vu que cela ne se faisait pas tout seul, mais que cela se faisait grâce à un outillage théorique, tout un travail sur soi, un travail de réflexion, et de remise en question quotidien.

Durant les premiers jours que j’ai passés au Courtil, je ne comprenais pas grand chose : ni au comportement des enfants, que j’aurais alors tout juste pu qualifier d’agité, de rêveur, d’étrange ou de tendre, ni aux intervenants qui réagissaient aussi de façon étonnante et décalée.

En passant du temps, en écoutant les intervenants dans les réunions, en les interrogeant sur les enfants, en replongeant ensuite dans le quotidien, j’ai peu à peu commencé à voir ce que je ne voyais pas au début. L’invisible est devenu visible. J’ai commencé à comprendre les enfants. Mon regard a changé.

Au Courtil, j’ai fait une expérience étrange. L’expérience lente et exaltante d’un dessillement du regard. J’ai vu le monde avec d’autres yeux.

J’ai voulu faire un film pour faire partager au spectateur cette expérience, pour lui permettre de comprendre un peu la folie de ces enfants et se mettre en position de les regarder, de les entendre.

 

Extrait de la préface du livre À ciel ouvert, entretiens,  de Mariana Otero et Marie Brémond aux éditions  Buddy Movies

 

Découvrez la bande-annonce du film avec les liens suivants
Viméo : http://vimeo.com/77496152
Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=LJhPgygpfjM

Et le site du film
http://www.acielouvert-lefilm.com/p/le-film_17.html

A ciel ouvert

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