Nouvelle maison

A star is born

Par Pierre Stréliski

Ce n’est pas sans émotion que l’on salue la naissance d’une nouvelle maison d’édition en France. Umberto Eco et Jean-Claude Carrière avaient publié il y a quelques années chez Grasset un recueil N’espérez pas vous débarrasser des livres qui disait combien les moyens modernes de conservation des documents étaient précaires et que le livre reste le moyen le plus commode et le plus agréable de collecter la culture et le savoir du monde. Le livre donc a de l’avenir devant lui. Sa publication toutefois est quelquefois difficile dans un monde marchand où des lobbies peuvent servir de censeurs. Des auteurs doivent ainsi quelquefois réviser des habitudes chéries pour pouvoir poursuivre leur tâche dans un environnement plus bienveillant. L’œuvre de Lacan s’est trouvé prise dans une telle tourmente. C’est dans un tel paysage tourmenté que l’EURL d’édition Le Champ freudien éditeur a vu le jour le 22 septembre 2011 (cf. Lacan Quotidien, n° 35). L’assemblée générale et le conseil d’administration du 9 octobre 2011 de l’association UFORCA pour l’UPJL saluèrent cette naissance avec enthousiasme et la dotèrent en nommant Eve Miller directrice d’édition, Carole Dewambrechies-La Sagna présidente et Jean-Pierre Deffieux vice-président. Cette jeune maison d’édition accueillera le séminaire de Lacan et le meilleur de ce qui s’écrit dans le champ de la psychanalyse, sans prétendre bien sûr en avoir le monopole. (…)

[Vous allez avoir entre les mains les premiers volumes de la coédition Navarin / Le Champ freudien. Ce sont de beaux livres à la couverture éclatante.]

Valérie Gautier qui est Directrice artistique chez La Martinière, dont le groupe continuera à distribuer ce nouvel enfant qui s’est détaché du Seuil, en a inventé le design avec la collaboration de Jacques-Alain Miller. La maquette est vive et le[s] texte[s] dont l’édition a été confiée à Pascale Fari, s’y glisse[nt] visiblement bien. [Un] volume sobre et gai, classique et original, un peu plus petit que les anciens séminaires de Lacan, un peu plus grand que les volumes de l’ancienne collection éponyme du Seuil. Le blanc glacé et les caractères avec sétif du nom de l’auteur, avec l’illustration en couleur au milieu, au dessous du nom et au dessus de l’adresse de l’éditeur, a laissé la place à une élégante couverture à trois bandes — deux bandes [colorées] cadrant une bande blanche centrale — sur un carton satiné où ressort au centre en noir la modernité du contraste entre les caractères avec empattements qui disent le titre du livre et ceux au contraire classiques qui disent le nom de l’auteur. En haut à gauche et en bas à droite une même illustration en noir fait signe d’un point exquis du contenu du livre. L’ensemble donne l’aspect d’un mélange de classique et de moderne.

Mais c’est en fait du côté des célèbres collections de poches anglaises Penguin books que les concepteurs ont puisé leur inspiration. Pionniers des livres à prix modique, les livres Penguins durent leur succès à la lisibilité de la typographie choisie — comme c’est le cas pour celle de ces livres de Navarin / Le Champ freudien — et au design de leur couverture sobre et attrayante. Celle-ci fut imaginée par un jeune homme de vingt et un ans, Edward Preston Young, avant d’être reprise par le grand designer Jan Tschichold, pape de la nouvelle typographie. (…)

Voici donc l’objet. Il sert d’écrin aux nouveaux livres de Clotilde Leguil, [Jean-Claude Maleval, Agnès Aflalo, Fançois Ansermet & Ariane Giacobino, Sonia Chiriaco et Eric Laurent].
Maintenant ouvrons le[s] livre[s]. Commençons à lire.

(Texte paru dans Lacan Quotidien, n°178, 14 mars 2012)